Le projet

global artist Audrey chan

Notes Sur Pensées Archipeliques

Colloque : Là où les mondes se touchent, erban, 3/4/5 mars 2009

Le laboratoire Langages, Actions Urbaines, Altérités (LAUA)

Edouard Glissant

-Bibliographie


Pensées archipéliques

Le titre de ce projet, emprunté à Edouard Glissant, marque notre intérêt pour ses analyses, son œuvre littéraire et poétique, son engagement et sa pensée.

«Une pensée « archipélique », c’est à dire une pensée non systématique, intuitive, explorant l’imprévu de la totalité-monde. Une autre forme de pensée plus intuitive, plus fragile, menacée mais accordée au chaos du monde et à ses imprévus, ses développements, arc boutée peut être aux conquêtes des sciences humaines et sociales mais dérivée dans une vision poétique et de l’imaginaire du monde[1] ».

«Les continents s’archipélisent par là les frontières nationales. Il y a des régions qui se détachent et qui culturellement prennent plus d’importance que les nations enfermées dans leurs frontières[2].(.) La pensée des continents est de moins en moins dense, épaisse et pesante et la pensée des archipels de plus en plus écumante et proliférante. Les Amériques s’archipélisent, elles se constituent en régions par dessus des frontières nationales. L’Europe s’archipélise. Les régions linguistiques, les régions culturelles par delà les barrières, des nations sont des îles, mais des îles ouvertes c’est leur principale condition de survie.[3] »

«Il n’y a pas de poésie qui ne soit politique et il n’existe pas de poésie politique en soi ».[4]

Mondialisation(s)

Plus que jamais l’ici n’existe que par la présence de l’ailleurs.

La mondialisation est un processus complexe et paradoxal qui provoque des phénomènes de destruction sociale et culturelle, d’homogénéisation, d’opposition, d’association, de complémentarité, d’invention ou/et de création. Elle consacre l’entrée du monde dans l’intimité sociale et culturelle de chaque société, avec toutes les conséquences en chaîne que cette proximité souhaitée ou redoutée, effective ou amplifiée entraîne sur notre manière de voir, d’entendre, d’éprouver et de représenter le monde. Elle relie l’ensemble des conséquences politiques, économiques, sociales et culturelles induites par l’appartenance réelle ou imaginée à un même monde. La création d’un espace mondial interdépendant n’est pas récente[5]. Un examen attentif montre aussi qu’elle n’est ni linéaire ni irréversible. Depuis le début des années 1990, ce terme de « mondialisation »  désigne une nouvelle phase dans l’intégration planétaire des phénomènes économiques, financiers, écologiques et culturels. La mondialisation actuelle définie comme « l’abolition de l’espace mondial sous l’emprise d’une généralisation du capitalisme, avec le démantèlement des frontières physiques et réglementaires » recouvre trois étapes : l’internationalisation (le développement des flux d’exportation), la transnationalisation (essor des flux d’investissement et des implantations à l’étranger), la globalisation (mise en place de réseaux mondiaux de production et d’information, notamment les NTIC (nouvelles technologies d’information et de communication). Ces processus ont de nombreuses conséquences sur les sociétés humaines. Ils ont notamment provoqué une accélération des flux humains : tourisme, voyages commerciaux et professionnels, migrations et exils pour des raisons économiques, politiques, écologiques.

Avec l’ouverture de certaines frontières, la télévision, la démocratisation des voyages et plus récemment internet, le monde serait mué en un gigantesque « village ». C’est du moins, ce que veulent faire croire des industriels de la communication plus puissantes que jamais : nous serions tous « citoyens du monde », multibranchés, capables d’assimiler les héritages les plus divers, bricolant dans la bonne humeur une sorte de culture mondialisée. Cette prétention cosmopolite est à mettre en doute.

Processus identitaires

Si de tout temps, des tensions, des violences, des transformations, des inventions ont accompagné l’expérience de l’altérité et de la différence, la nouveauté de cette expérience telle qu’elle se développe actuellement nécessite une attention particulière. En tant que changement d’échelle, c’est-à-dire invention d’un nouvel espace, la mondialisation crée inévitablement des tensions sur les configurations locales préexistantes en les menaçant d’une concurrence. L’incertitude face aux mutations du monde, la rapidité des changements suscitent en réaction une réaffirmation des identités locales, une réactivation des communautés d’appartenance (cela est vrai aussi pour les exilés et immigrés) : recherche de socles identitaires, montée des communautarismes, déchirures sociales, abus de mémoire, …. Loin d’abolir l’espace, la mondialisation peut redonner toute leur force aux singularités locales (à une quête de la représentation qui n’est pas sans lien, par exemple, avec les conséquences de la colonisation et de la décolonisation).

Et  pourtant, si la mondialisation fragmente paradoxalement le monde, elle conduit également à des processus d’hybridation, des mélanges, des métissages dont les implications sont loin d’être négligeables. Il est vrai que ces échanges, ces influences ne conduisent pas inévitablement à des phénomènes de multiculturalité. Mais, ils ne conduisent pas non plus forcément à des phénomènes d’homogénéisation culturelle.

« Le monde se créolise, c’est à dire les cultures du monde mises en contact de manière foudroyante et absolument consciente aujourd’hui les unes avec autres se changent en s’échangeant à travers des heurts irrémissibles, des guerres sans pitié mais aussi des avancées de conscience et d’espoir qui permettent de dire – que les humanités d’aujourd’hui abandonnent difficilement quelques chose à quoi elles s’obstinaient depuis longtemps, à savoir que l’identité d’un être n’est valable et reconnaissable que si elle est exclusive de l’identité de tous les autres êtres possibles »[6].

Pour affronter un monde toujours plus ouvert et donc plus incertain, il faut souvent être confiant dans son identité, prêt à se confronter à d’autres valeurs. Bref, avoir un lieu d’où on émet la parole, un texte, une oeuvre.

voir Annotating Art’s Histories- Exiles, Diaporas, Strangers, ed Kobena Mercer MIT press 2007. Out there, marginalization and contemporary cultures, Ed R.Ferguson, M.Gever, T. Minh-ha, C.West, MIT Press, 1990.6th Caribbean Biennal – A Project by Maurizio Cattelan, Dijon, Les presses du réel, 2001.

Métropoles

Le champ urbain est ici privilégié pour engager cette interrogation sur les mutations identitaires contemporaines. Attentif aux politiques culturelles et artistiques, ce projet s’intéresse surtout à des pratiques artistiques qui interpellent l’expérience et les représentation de la ville/métropole voire qui se déploient dans l’espace urbain sous forme d’events, projets qui apparaissent et mettent en jeu l’espace physique, social et politique qu’est la ville en s’adressant à des spectateurs particuliers, les habitants.

En affirmant les intérêts géopolitiques et économiques des pays les plus puissants, tout en diffusant leurs valeurs culturelles, d’une part, et en accélérant la métropolitisation- c’est à dire la concentration des hommes, des richesses et de l’information dans un nombre restreint de grandes villes intégrées dans des réseaux internationaux, d’autre part, la mondialisation a produit des espaces urbains de plus en plus complexes ou se côtoient des cultures, des modes et des niveaux de vie de plus en plus divers. Ces espaces au coeur du processus de mondialisation et de son corollaire la multiculturalité, s’avèrent être des laboratoires d’étude privilégiés des interactions.

La ville n’est homogène qu’en apparence. Son nom même prend un accent différent selon les endroits où l’on se trouve. Nulle part si ce n’est dans les rêves, il n’est possible d’avoir une expérience du phénomène de la limite aussi originaire que dans les villes. Connaître celles-ci, c’est savoir où passent les lignes qui servent de démarcation,; c’est connaître ces limites comme  aussi les enclaves des différents domaines. La limite traverse les rues. C’est un seuil, on entre dans un nouveau fief en faisant un pas dans le vide, comme si on avait franchi une marche qu’on ne voyait pas.[7]

Actuellement les terrains spécifiques de Pensées Archipéliques sont Miami et Nantes. Le projet Les pacotilleuses cherche à questionner les relations passées et présentes  entre ces deux parties du monde, deux aires géographiques réunies par une histoire complexe celle de la conquête des Amériques, du commerce maritime, et notamment de la Traite négrière, celle des territoires d’Outre Mer Antillais, etc… Il s’agit d’observer ces fabriques urbaines, d’échanger, de confronter, de mettre en relation, de comparer des histoires et des réalités du monde contemporain, pour revenir plus précisément, ici, à Nantes, effectuer un retour chez soi[8].

Miami, plateforme du tourisme international, de luxe et de masse, est considérée par certains comme paradigmatique du nouvel urbanisme mondial. Elle illustrerait la transformation économique, sociale, démographique, culturelle, et politique contemporaine de l’espace des grandes villes accueillant une immigration importante et diversifiée. Interface entre la Caraïbe et le monde nord-américain, elle est le théâtre d’influences croisées et d’échanges permanents d’hommes, de marchandises, de capitaux et d’informations entre ces deux régions. Loin de se limiter à une simple ligne de contact, cette interface à épaisseur variable est produite par l’immigration et animée par une mosaïque de quartiers « ethniques » qui entretiennent parfois autant, sinon d’avantage, de relations avec le pays d’origine qu’avec des territoires urbains voisins. La ville vit au rythme de l’évolution des divers pays de la région ainsi que des relations étroites entretenues entre les USA et leur « Méditerranée ». Les populations originaires de la Caraïbe apparaissent comme des acteurs de premier plan dans le processus de métropolisation et d’internationalisation de l’économie et de la culture en Floride. Compte tenu de leur diversité en termes de caractéristiques culturelles, socio-économiques et de stratégies migratoires, les immigrés caribéens ont fait l’expérience de modes d’insertion différenciées dans la structure sociale de Miami.

S’ajoutent à ces réalités qui modifient profondément l’identité de Miami et sa structure spatiale, une scène de l’art qui s’est particulièrement développée dans les dix dernières années (consolidant les attraits touristiques de la ville et bénéficiant de la présence d’une population possédant un très fort pouvoir d’achat). Le développement urbain se fait désormais, à Miami (mais aussi à Nantes) avec l’aide de l’art qui participe d’une resymbolisation et d’une revalorisation des espaces urbains en déshérence (hangars, friches : Wynnhood, Ile de Nantes) avec le soutien de grande manifestation la Art Basel, foire annuelle de Miami, ou la manifestation L’estuaire de la Loire. Bien entendu, les échelles, les réalités, les enjeux ne sont pas identiques (développement du marché immobilier par le marché de l’art à Miami, par les politiques publiques à Nantes, etc…) mais malgré d’importantes différences des parallèles et des points de réflexion peuvent être établis. Ces transformations d’envergure sur le plan des activités économiques, de la démographie, de l’urbanisme, des moyens de transport produisent de nouvelles identités urbaines et contiennent aussi des ambiguïtés. La nécessaire reconquête de l’espace urbain (favoriser un redéploiement économique) contient des risques de gentrification, de segmentation sociale et tend à privilégier une esthétisation de l’espace public, au dépend d’un véritable espace public (urbs et polis).

Ce terrain d’étude spécifique, Miami-Nantes nous permet de questionner notre situation (voyageur-étranger/habitant), notre exploration (moyens d’investigation et d’observation de ces villes), tout en produisant interprétations artistiques et poétiques.

Pratiques artistiques contemporaines et identité(s)

Au delà de ces terrains (et des questions art, ville, politiques urbaines). « Pensées archipéliques » s’intéresse à une série de questions :

A- De quelles façons se redéfinissent les identités, leurs mutations, dans les pratiques artistiques contemporaines ?

– Comment se jouent les différences dans un monde sous condition du Monde (migration, exil,..), dans ce double sens d’opportunité et de contrainte ? De quelles manières sont négociés nos rapports à l’autre et à l’étranger ?

– Par quelle alchimie les cultures et leurs productions artistiques se « mélent »-elles ?

B- Déplacements, voyages, exils, côtoiements culturels conduisent à l’appropriation, à l’adoption et l’invention par les artistes de nouvelles formes, au croisement des langages et des médiums, à l’apparition de nouveaux mythes (croyances et symboles) et de cultures contemporaines complexes. Nombreuses sont les œuvres actuelles qui contiennent des éléments de mémoire appartenant à des histoires différentes, des jeux d’influences, des mélanges, des syncrétismes, des  dévorations anthropophagiques, des croisements iconographiques et linguistiques. Apparaît toute une série d’opérations : héritages, emprunts, détournement, réemploi, altération, décontextualisation, traduction, déstructuration, association, interférence, imbrication, grotesque, maniérisme, détour, résidu, ornement, cumul, brouillage, confusion, chevauchement, contagion, dissémination, transposition, glissement, alternance, modulation, réunion, superposition, hétéroglossie, Quels sont les enjeux esthétiques de ces nouvelles formes de pratiques artistiques ? voir par exemple les œuvres des artistes : Isaac Julien, Fiona Tan, David Hammons, Richard Deacon.

C- Mais quelles sont également les résistances, les constances, les différences, les spécificités dans les pratiques de l’art des diverses cultures composant le monde ?

– Comment appréhender ces configurations hétérogènes, ces modernités et ces historicités différentes ?

– Quelles  précautions doivent être prises pour observer ces processus sans les simplifier et tomber dans les avatars de la pensée d’une pratique de l’art mondialisée ?

– Quels sont les débats esthétiques induits par cette nouvelle réalité ?

– Comment constituer un nouveau savoir théorique et historique, voir la redéfinition du corpus social, culturel et intellectuel qui concourt au jugement sur les œuvres ?

Méthodologie

Le projet de recherche « Pensées archipéliques » s’appuie sur l’idée que la recherche en école peut être un moyen de faire travailler ensemble des chercheurs (enseignants/artistes) qu’ils soient actifs dans les écoles d’art ou dans d’autres établissements (universités, écoles d’architecture, centres d’art, musées) dans le cadre d’une équipe construite sur des affinités intellectuelles mais aussi sur des objectifs communs pouvant présenter un caractère structurant. L’émergence de cette équipe s’appuie sur des composantes inter et pluridisciplinaires pour sortir du fait que la production des uns soit l’objet des autres, ne pas opérer de dichotomie entre spécialités ou maintenir un parallélisme entre producteurs d’art et observateurs.

Ce projet envisage la recherche comme un espace de côtoiements, de cheminements, de pratiques, de transactions, d’interactions dynamiques, d’intertextualité, de dialogues basés sur un objet commun (voire sur un terrain commun), une série d’hypothèses[9] et d’axes de recherches. Structurée par la rencontre de pensées théoriques et de propositions artistiques, il tente de faire émerger des objets communs pouvant présenter un intérêt égal pour un artiste, un philosophe, un urbanologue, un sociologue, un ethnographe ou un historien de  l’art. Il prend forme autour de problématiques qui nécessitent la connaissance de travaux existants, une définition des concepts et des terminologies utilisés et travaillés sans adopter de méthode figée et définie une fois pour toutes. « Pensées Archipéliques » se pense comme une plateforme d’échanges réalisant des projets collectifs ou individuels (ateliers collectifs, de conférences,…) permettant d’énoncer en acte le contexte artistique, intellectuel et politique des pratiques, d’initier de nouvelles collaborations, d’explorer des modes de création collective, de partager et construire des savoirs, des expériences et des outils.Il s’agit aussi de prendre la parole à partir d’une position subjective déterminée qui est assumée, explicitement pour produire un discours poétique et critique. Avec la dissolution du point de vue unique, ce projet renonce implicitement au compte rendu objectif pour laisser libre cours, au contraire, aux subjectivités diverses qui interagissent.

Ce projet se construit donc à travers différentes approches et par l’élaboration d’un réseau non systématique de relations qui traverse les frontières disciplinaires, leurs langages, leurs outils et se développent au sein du champ social. Cette polymorphie est notamment liée aux thématiques qui sont les nôtres (multiculturalisme, mondialisation, frontières, métissage,processus identitaire, ville) qui rencontrent des problèmes de traduction-  certains des concepts et des termes que nous employons ont des références et des connotations différentes selon les parties du monde où ils sont utilisés- ils échappent en permanence à des définitions stables et universelles. La mondialisation ne fait-elle pas de nous des êtres à la conscience baroque ?

Dans l’optique de l’E.R.B.A.N., cette recherche est organisée en sessions qui rassemblent des chercheurs, artistes et étudiants. Deux jeunes artistes chercheurs Audrey Chan et Armand Morin ont été recrutés pour l’année 2008-2009. Nous poursuivons nos partenariats avec différents départements de la Florida International University (FIU, Miami) et d’autres partenaires, tels que le MOCA (Miami), Le Laboratoire Langues Actions Urbaines Altérité de l’Ecole Nationale d’Architecture de Nantes.

LAUA (création, 1987 – habilitation, 1990) : son champ d’investigation concerne les interactions entre espaces et pratiques. Les chercheurs appartiennent à différents champs disciplinaires des études urbaines : sociologie, géographie, urbanologie, architecture, histoire, histoire de l’art et partagent des intérêts relevant aussi bien de l’enquête de terrain que de la critique théorique. Ils travaillent sur les processus de production de l’espace, le champ de la pratique et de la représentation architecturale et urbaine, les effets des politiques publiques sur les pratiques, qu’elles soient saisies au niveau des individus, des institutions ou des domaines d’action. Ces postures compréhensives sont doublées d’une optique critique notamment en ce qui concerne le domaine des théories urbaines et de la planification. Les terrains peuvent être exogènes ou endogènes, la métropole Nantes/Saint-Nazaire est investie à travers le suivi des projets urbains et comme support de réinterrogation de la question du local. Les dimensions épistémologiques, méthodologiques et pédagogiques constituent un domaine de recherche à part entière misant sur la remise en cause des finalités entre terrain et théorie, contextes et savoirs, sujets et chercheurs. Le LAUA publie une revue annuelle : «Lieux communs».

En 2008-2009 année, le projet s’est déployé en différentes formes

– un colloque intitulé Là où les mondes se touchent à l’ERBAN les 3.4.5 Mars 2009 a abordé les relations entre le phénomène actuel de mondialisation  et l’art selon trois axes : Enjeux esthétiques, Les territoires et Scènes de l’art, Politique urbaine et art : quels enjeux ? A ce colloque ont, entre autres, été invités certains de nos collègues de Miami(Bonnie Clearwater, directrice du MOCA, Richard Shusterman, Professeur à la Florida Atlantic University, Gray Read, Professeur à la FIU)

-le projet artistique Les pacotilleuses, prévu pour l’automne 2009 à Miami

la résidence de six mois à Nantes, d’Audrey Chan, jeune artiste de Los Angeles, qui a enseigné[10] à l’ERBAN, et exposé dans la galerie de l’école.

Armand Morin, artiste, réside durant l’année 2009 à Miami

– un séminaire, les premiers lundi de chaque mois, était consacré au déploiement d’une réflexion commune, à l’élaboration et au suivi des projets pour leur réalisation en 2009

– un numéro de la revue Lieux communs (septembre 2009) intitulé Altérité et mondialisation

Le projet participe à l’enseignement dans l’école : neuf étudiants de l’ERBAN sont allés trois semaines à Miami aux automnes 2007-08. Confrontés parfois pour la première fois à un contexte étranger (pour la majorité c’était leur premier voyage aux USA), ils ont développé un projet personnel en lien avec les questions du projet collectif Pensées archipéliques. L’objectif est de les amener à appréhender un contexte spécifique dans le cadre d’un voyage d’étude, à prendre conscience des situations dans lesquelles ils se trouvent et la manière dont ils entrent en contact, approchent et observent un contexte étranger et y mènent un projet (de l’intention à la réalisation).

Les artistes chercheurs (2008-2009)

Audrey Chan

Born in Chicago and trained at CalArts (California Institute of Arts, Los Angeles), Audrey Chan’s projects include experimental-documentary video questioning the artist’s  identity in relation to memory and war; organizing a large-scale symposium around the subject of contemporary art and feminism; and activist-based performance. She has recently worked in the education departments of the New Museum of Contemporary Art and the Museum of Modern Art in New York. Website: http://audreychan.net.

Armand Morin

Après un bac arts appliqués, il suit les cours de l’école des Beaux Arts de Nantes, dont il sort diplômé en 2007.

Website: http://www.collectifr.fr/reseaux/armand-morin

«Les espaces et les activités liés au temps libre m’intéressent le plus. J’explore la sphère des loisirs et ses architectures chimériques, toujours étonné que de pareils décors aient pu être conçus. L’industrie du tourisme offre lui aussi une représentation idéalisée du monde, en en découvrant seulement les stéréotypes.
Dans les loisirs ou le tourisme, le monde nous est sans cesse raconté, ce qui fait de ces activités un moyen de représentation du paysage à part entière.
D’autre part, j’observe avec attention ce qu’il y a de plus banal autour de moi. Et lorsque je voyage, je relève certaines pratiques et cultures populaires qui remettent en question mon comportement et mon propre imaginaire.
Pour débuter un travail, je commence donc le plus souvent par suivre ces sentiers très balisés du tourisme, des loisirs et de la vie quotidienne.
Je choisis une destination, pour voir… Ca peut être la foire exposition d’à côté ou un désert américain rendu mythique par le cinéma populaire. Je construis des promenades, je décide d’excursions. J’attends de celles-ci un plaisir lié à la curiosité et à l’étonnement.
Que ce soit en vidéo ou en sculpture, j’utilise des techniques de montage. En vidéo, ça peut être la superposition de deux lieux ou deux événements que le montage va mêler. Ainsi depuis un point de vue documentaire, ces vidéos s’éloignent du réalisme pour glisser lentement vers le récit. Le paysage se réinvente alors, prend une forme plus fantastique. Il s’agit de mentir un peu, de déformer, d’exagérer ou d’inventer ce qui n’est pas là .
Mes sculptures synthétisent aussi ces expériences liées au paysage et aux loisirs. Leur forme les rapproches du mobilier, mais leurs matériaux rappellent des espaces absents ou éxotiques. Comme des réminiscences de promenade, elles tentent de rejouer déplacements et vitesses.» Il a obtenu en 2009 le prix de la ville de Nantes ; Parallèlement, à son activité d’artiste, il réalise des documents vidéo sur le travail d’autres artistes (Claude Lévêque, Françoise Pétrovitch, Shen Yuan).

Emmanuelle Chérel


[1] E. Glissant, Introduction à une poétique du divers, Paris, Gallimard, 1996, p 43.
[2] Idem, p 136
[3] Idem, p 44.
[4] Idem, p 150.
[5] A chaque phase de mondialisation, on retrouve les mêmes constantes : révolution des transports et des moyens de communication, rôle stratégique des innovations (les armes à feu au XVe siècle, la conteneurisation après la Seconde Guerre mondiale, Internet depuis les années 1990), rôle essentiel des Etats mais aussi des acteurs privés, depuis le capitalisme marchand de la bourgeoisie conquérante à la Renaissance jusqu’aux firmes transnationales et aux ONG aujourd’hui.
[6] E.  Glissant, Introduction à une poétique du divers, déjà cité, p 15.
[7] Walter Benjamin, Le livre des passages- Paris – capitale du XIXème siècle, Paris, éditions du cerf, troisième édition 2002.
[8] Giannini H., La « réflexion » quotidienne- vers une archéologie de l’expérience, Aix en provence, Alinéa, 1992.
[9] Ce projet s’appuie sur la conviction de G. Deleuze « la théorie est elle-même une pratique, autant que son objet. Elle n’est pas plus abstraite que son objet. C’est une pratique des concepts, et il faut la juger en fonction des autres pratiques avec lesquelles elle interfère. » (Cinéma 1, L’image-mouvement).
[10] Contemporary Art in the United States, 2000-TodayThis course will address artists, practices, and curatorial initiatives that have shaped contemporary art in the United States since 2000.  During this period, artists have responded to the events and political climate of 9/11, embraced YouTube as a site of performance, and revisited the artistic concerns of previous generations. ‘Expansiveness’ characterizes art making and discourse in the present moment.  Examples include: the art/activist work of Paul Chan, the recent exhibition “Unmonumental” at the New Museum, and the Los Angeles-based research organization, The Center for Land Use Interpretation. Throughout the course, we will develop an ongoing structural analysis of the network of institutions, venues, and communities that comprise the American art world, and discuss socio-economic factors affecting artistic life in the United States.
Workshop: I am curious… (The Artist as ‘Ethnographer’) Questions of marginalization, the ‘other’, and difference persistently provoke debate in contemporary culture and politics. Historically, artists have mined the exoticized ‘other’ as a source of stylistic appropriation and fantasy (e.g. Pablo Picasso and Paul Gaugain).  More recently, artists have exploited marginalization as a site of resistance and intervention (e.g. Fred Wilson and Nikki S. Lee). The designation of the artist as ‘ethnographer’ locates this historical tendency of artists to identify with the culturally marginal.  This workshop will establish a platform from which to critically examine these positions through collaborative endeavors, performance, and public engagement. Relevant readings, artists, and exhibitions will provide a framework for discussion and debate.